Trump et les droits de douane : une folie ou une véritable stratégie ?
Depuis son intronisation en janvier dernier au poste tant désiré de président des Etats-Unis, Donald ne cesse les outrances verbales, les bravades diplomatiques, bouche en cul de poule ponctuant chacune de ses menaces ou incantations et déclame à la face du monde entier tout le bien qu’il pense de lui. Pour un peu, en matière de provocations, il arriverait presque à la cheville désormais décorée d’un bracelet dernier cri de Nicolas le Petit ou de celle du futur justiciable Jupiter Elyséen.

A en croire ses détracteurs (et ils sont nombreux), si Joe Biden avait vraisemblablement fait le mandat de trop au regard d’une sénilité avancée, Donald se comporterait plutôt comme un fou qu’il serait bon d’enfermer. Et je menace Panama, et j’annexe le Canada et le Groenland, et j’attaque l’Union Européenne et la Chine, et je fais copain-copain avec Poupou pour le partage du monde… Cette offensive tous azimuts a de quoi effectivement interrogé sur la santé mentale d’un homme, certes habitué aux « deals », aux coups de force mais qui semble avoir oublié qu’il n’est pas seul sur terre et qu’il faudra bien composer, tôt ou tard, avec ses homologues.
Son dernier oukaze, sa dernière lubie, celle qui doit remettre les pendules à l’heure, les comptes à zero concerne l’application de nouveaux droits de douane particulièrement corsés notamment pour l’Ile de Norfolk désormais surtaxée à 46 % et dont nous apprenons par la voix du locataire de la Maison-Blanche que cette minuscule île représente à coup sur un danger pour l’hégémonie US et sans nul doute un frein dans l’accomplissement du MAGA.
De prime abord, tout cela paraît idiot pour ne pas écrire débile. D’ailleurs depuis cette semaine, les économistes de plateau se succèdent les uns après les autres pour nous expliquer combien la démarche américaine n’a rien d’intelligible, que cela va provoquer un ralentissement de la croissance économique, que ce protectionnisme qui ne dit pas son nom conduira d’abord les Etats-Unis, déjà fragilisés, au bord de l’abîme et que, couillu pour couillu, nous devons agir promptement et appliquer des mesures de rétorsion au moins aussi fortes. Non mais…
Passez ce moment de passion, raisonnons quelques instants. Que Donald soit bien rentré dans le personnage du petit canard colérique de Disney, soit. Mais que je sache, cet homme est entouré d’une cohorte de conseillers divers et variés, dont certains, quoiqu’on en dise, sont tout droit sortis des meilleures universités américaines dont les louanges ne sont plus à chanter. Ses spécialistes se planteraient-ils tous sur le bien fondé de leurs mesures économiques ? Rien n’est moins sur.
Depuis le premier mandat exercé par Trump, nous savons que la forme participe largement au fond de sa politique et à la façon, certes grossière, d’un commercial ou vendeur de tapis, ce côté « rentre dedans » est aussi une façon pour Trump de tester l’adversaire. Pour mieux le comprendre et donc agir, il est donc indispensable, d’identifier ses objectifs.
Voici plusieurs axes de réflexion que je vous soumets pour ce week-end.
L’application des droits de douane au monde entier n’est-il pas une façon, en premier lieu, d’augmenter ses recettes fiscales. Et de fait, de faire payer à l' »étranger » ce que les « locaux » payent en prélèvements obligatoires (sociaux et fiscaux). Prenons un exemple simple. En important des produits chinois deux à trois fois moins chers que ceux produits en France, non seulement nous importons une forme de pauvreté, mais en plus nous paupérisons notre population qui ,pour s’en sortir, n’a d’autres choix que de demander toujours plus et encore de la protection sociale. Qui coûte cher en matière budgétaire…
Le second point non évoqué par nos conseillers de plateau télé (mais bon depuis la période COVID, on est en droit d’avoir des doutes…) est celui de l’impact certain de l’application de ces droits de douane sur le dollar. C’est souvent oublié mais la dollarisation du monde constitue une source de problèmes pour les Etats-Unis en ce sens que bon nombre de banques centrales (à commencer par les Chinois) en regorgent et contribuent (en tout cas aujourd’hui) à surévaluer la monnaie américaine. De fait, la politique des droits de douane ne contribuera t-elle pas à forcer les banques « partenaires » à réduire les réserves en dollar et par voie de conséquence augmenter la valeur de leur propre monnaie ? N’assistons nous pas à un dédollarisation du monde ?
L’affaire n’est donc pas aussi simple que cela et l’erreur à ne pas commettre serait de considérer que les saillies verbales de Trump semblent incontrôlées quand elle repose, en définitive, sur une stratégie clairement établie.
Amitiés patriotes
P.MAGNERON